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PIC PÉTROLIER.net est un site dédié au pic pétrolier (peak oil) et à son impact sur l’économie et sur la société en général. Notre but est de faire connaître les problèmes reliés à l'atteinte du pic de production de pétrole au niveau mondial et d'en envisager les conséquences et différentes pistes de solution. Sans aucune prétention scientifique, ce site se veut donc un document d'accompagnement alors que nous nous aprêtons à vivre la fin de l'Âge du Pétrole!

Archive for the ‘Pays producteurs’ Category

Le mirage Saoudien

Posted by Yanik Déry On avril - 26 - 2011

Les récents évènements en Libye ont ramené la capacité de production pétrolière de l’Arabie Saoudite (AS) à l’avant-plan du dossier énergétique. Après des semaines d’incertitude, voilà que le Royaume annonce en grande pompe avoir augmenté sa production à 9 millions de barils par jour (M bpj) et que sa capacité de production excédentaire peut combler l’arrêt des exportations de brut venant de la Libye, à savoir environ 1,3 M bpj. Or, malgré une baisse temporaire des prix au moment de cette annonce, et une baisse sur les marchés internationaux durant trois jours consécutifs la semaine dernière, les pressions à la hausse restent importantes, au point ou les prix actuels se rapprochent des sommets historiques de 2008 qui avaient contribué à plonger le monde dans la plus grande récession depuis la crise de 1929.


Ce matin (26 avril 2011), le Brent se transige à 124$ÉU, le WTI à 112$ÉU et la hausse des dernières semaines se poursuit. Il semble de plus en plus évident que plus personne ne croit réellement aux capacités du Royaume saoudien d’augmenter significativement sa production et ses exportations pour une longue période. À ce propos, les révélations de l’automne 2009 du whistleblower de l’International Energy Agency (IEA) parues dans The Guardian, à l’effet que les réserves mondiales, et particulièrement saoudiennes, étaient largement surestimées, révélations confirmées par les câbles wikileaks publiés en février dernier, contribuent largement au climat de scepticisme par rapports aux prétentions saoudiennes, et donc à l’augmentation actuelle des prix.


Même si les dernières données disponibles montrent une augmentation de la production saoudienne depuis l’automne 2010, pour environ 500 000 bpj, dont à peine quelques milliers de barils depuis le début du conflit libyen, les données publiées pour février et mars 2011 montrent justement que la production du Royaume ne compense absolument pas pour la baisse de production en Libye (Analyse et graphiques sur TheOilDrum.com, en anglais). L’augmentation de la production est plutôt due à la très forte croissance de la demande intérieure du pays, surtout en prévision de l’été, la « haute saison » pour la consommation énergétique dans le pays, alors que la climatisation tournera à son maximum. Et c’est là que les milliards de barils enfouis dans le désert et plus encore les millions de baril par jour de capacité excédentaire, qu’ils soient fictifs ou réels, deviennent un mirage.


La croissance économique actuelle de l’Arabie Saoudite est le véritable game changer. Entre 1965 et 2005, sa population est passée de 5 à 25 millions d’habitants. Depuis 2000 seulement, l’augmentation se chiffre à 20%, alors même que le taux d’accroissement naturel reste encore très élevé, à 2,7% par année (Image Économique du Monde 2010). La consommation énergétique intérieure est pour sa part passée à 2,4 M bpj en 2009, une augmentation de 50% depuis 2000. Les autorités saoudiennes ont souvent répété que l’AS pouvait augmenter sa production à 12,5 M bpj et même davantage (ici, ici, ou encore ici) alors que personne ne regarde les chiffres qui comptent vraiment: les exportations. Le pays exporte moins aujourd’hui qu’il n’exportait en 2005. En fait, les exportation sont en baisse constante depuis 2006. Ce qu’il faut savoir également, c’est que le Royaume utilise le pétrole et le gaz naturel pour produire son électricité. Au total de la consommation énergétique, le gaz naturel compte pour 44% alors que le pétrole et ses dérivés (essence, diesel, kérosène…) comblent le reste. La désalinisation est une autre source importante de consommation d’énergie. Quelque 70% de l’eau potable de l’AS provient de l’une des 27 usines de désalinisation, qui requièrent des quantités phénoménales d’énergie, soit environ 1,5 M bpj.


Plus important encore, si toutes ces tendances se maintiennent, c’est presque une lapalissade d’affirmer que le pire reste à venir. En 2010, avant même les troubles en Tunisie et partout au Moyen-Orient, le ministère de l’Économie et du Développement (Arabie Saoudite) avait fait part de son nouveau plan de développement. Ce plan visait à accroître d’avantage le développement économique afin d’assurer les besoins d’une population grandissante. Les grandes lignes du plan étaient les suivantes:

    • Intensifier les efforts afin d’augmenter le niveau de vie des citoyens
      Créer des emplois
      Équilibrer le développement parmi les régions du Royaume
      Développer les infrastructures
      Augmenter la compétitivité de l’économie et des produits nationaux
  • Au niveau politique, on peut traduire cela par: « acheter la paix sociale ». Au niveau économique, on peut parler de « cannibaliser » les ressources. Une croissance démographique et économique parmi les plus importantes de la planète, jumelée à une politique de « stimulation » de la consommation et dans une certaine mesure de la valorisation du mode de vie euroaméricain, dans un pays ou le revenu par capita est parmi les plus élevés au monde, le résultat net est clair et sans appel: les exportations nettes de l’Arabie Saoudite sont entrées dans leur déclin final et l’AS cessera d’être un exportateur de pétrole beaucoup plus tôt que ne le prévoyaient les spécialistes.


    Quand? Les paris sont ouverts. Selon les données actuelles sur la croissance saoudienne, le Royaume pourrait consommer entre 6 et 8 M bpj en 2030, alors que les prévisions de production avoisinent justement les 8 M bpj! Autrement dit, quelque part entre 2020 et 2030, il ne restera que des miettes à exporter. L’observateur pourrait alors penser que rien ne presse parce qu’il reste probablement plus qu’une décennie pour s’ajuster, comme dans le cas plus global du pic pétrolier mondial, mais il serait dans l’erreur. Les récents évènements du « printemps arabe », et particulièrement le cas de l’Égypte, apportent un nouvel éclairage qu’aucun média mainstream n’a mentionné jusqu’à maintenant. L’Égypte est en ce moment même en train de passer d’exportateur net à importateur de pétrole. Même si les quantités en jeu restent minimes par rapport à l’Arabie Saoudite – une production d’environ 665 000 bpj en 2010 – le résultat net est que le pays a perdu les dizaines de millions de dollars par mois de « rente » pétrolière qu’il a retirée depuis la fin des années 1970, et qui avait justement contribué à son fulgurant développement à partir des années 1990. Mais, aussi et surtout, il a perdu la capacité financière de subventionner fortement le prix de nombreuses denrées de base, dont le pain. À cet égard, les émeutes de la faim de 2008 n’étaient qu’un prélude à ce qui s’est passé plus tôt cette année.


    Il est donc plausible de croire que de graves troubles sociaux puissent aussi survenir en Arabie Saoudite dans les années à venir, au fur et à mesure que les exportations baisseront. Comme dans le cas actuel de la Libye, où fait rage une guerre civile, ou dans le cas du Nigéria, où la rébellion se poursuit, l’instabilité politique et sociale a des impactes majeurs sur la production et, plus important encore, sur les exportations. À la lumières des données citées précédemment, et si rien ‘est fait pour renverser la tendance, l’actuel Royaume d’Arabie Saoudite pourrait bien cesser d’exister bien avant que ne cessent ses exportations.

    Égypte

    Arabie Saoudite


    * En gris, la production, en vert, les exportations, alors que la ligne noire indique la consommation


    ***********


    Note: Les données sur l’Arabie Saoudite sont tirées d’un important dossier préparé par Johnathan Callahan PhD, et publié sur TheOilDrum (What is “our” oil doing in their economy? — Saudi oil consumption trends). Vous y trouverez graphiques, références et beaucoup d’autres données. Je vous suggère fortement la lecture de ce dossier de même que les discussions et les commentaires qui suivent où il est beaucoup question des perspectives politiques, économiques et sociales découlant de l’analyse de ces données.

    Le pétrole n’est pas toujours une ressource

    Posted by Yanik Déry On janvier - 12 - 2011

    COLLABORATION SPÉCIALE:
    Par Steve DÉRY
    Professeur agrégé, Département de géographie, Université Laval
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    Le débat sur l’exploitation potentielle du pétrole dans le golfe Saint-Laurent au Québec, et incidemment sur celui des gaz de schistes à la une du débat public actuel, est faussé; et c’est en grande partie parce que des données de base ne sont pas intégrées aux « calculs ».

    Le pétrole, une ressource?

    Géographie économique 101 : qu’est-ce qu’une ressource? Les dictionnaires en donnent une définition beaucoup trop vague pour être utile : « moyen naturel dont dispose une collectivité ». En fait, une ressource n’existe que sous deux conditions : 1) elle doit être connue ; 2) on doit être en mesure de l’exploiter. Sans humain donc, pas de ressource. Cela veut dire aussi qu’il n’y a pas vraiment de ressource « naturelle » ; elles sont toutes socialisées, c’est-à-dire qu’elles sont le produit d’une relation entre les humains et la matière. Lorsqu’une matière première présente des caractéristiques, des propriétés intéressantes, son utilisation par les humains la transforme en ressource. Une pierre trouvée sur une grève quelconque, si elle est suffisamment lourde, plate sur deux côtés et jolie, elle peut devenir un appuie-livre pour le passant. La ressource est donc le produit d’une relation entre les humains et la matière première. À ce titre, on peut même remonter le temps de quelque 60 ans au Québec pour se rendre compte que les R de la réutilisation, récupération, recyclage, et même réparation (est-ce devenu un tabou ?) étaient la norme dans tous les foyers sans que l’on en fasse grand cas. Les vrais « déchets » étaient plus rares, alors que tout était gardé le plus possible (pour redevenir une ressource !).

    Est-ce que le pétrole du Québec et les gaz de schistes sont une ressource ? Ici, il faut préciser la question et faire intervenir un peu de jargon de géographie économique avec la notion de RÉSERVE. On distingue les réserves connues des réserves projetées par le fait que les premières sont disponibles pour l’exploitation dans les conditions actuelles de technologie et de prix, mais qu’elles ne sont pas exploitées ; les secondes (les réserves projetées) sont les ressources estimées en tenant compte des découvertes éventuelles et de l’évolution des conditions technologiques et de prix ; bref, il faut les conditions qui permettent l’exploitation.

    Malheureusement, l’économie capitaliste et ses chantres ont la malencontreuse habitude d’externaliser le plus possible, c’est-à-dire de ne pas tenir compte, ou le moins possible, ce qui pourrait déranger leurs calculs de rentabilité : exit les mesures sociales (comme en Chine), exit les préoccupations environnementales (comme en Alberta). Quelles sont les conditions à partir desquelles nous devons établir un jugement pour définir si cette matière première doit devenir une ressource ou non pour le Québec ?

    Des conditions gagnantes ?

    1) L’industrie pétrolière et celle des gaz de schistes nous affirment que le Québec s’enrichirait avec les développements qu’ils nous proposent dans le Golfe et la vallée du fleuve Saint-Laurent. Certes, les compagnies y trouveront certainement leur compte; un nombre important d’emplois seront assurément créés et, pendant un certain temps, le gouvernement pourra vraisemblablement profiter de cette manne, d’autant plus que les prix demandés pour ces produits ne suivront pas une courbe descendante. Il y a toutefois plusieurs hics qui risquent mettre du sable dans ce bel engrenage qui n’a pas encore servi.

    2) Le pétrole est une ressource sur son déclin, c’est indéniable. Les quelques découvertes supplémentaires (comme les gisements potentiels du Golfe Saint-Laurent) sont « compensées » par les épuisements plus rapides constatés, comme les gisements potentiels de l’Alaska, qui renfermeraient 90% de moins que ce qui avait d’abord été estimé en 2002, selon le US Geological Survey (rapporté par CNN et l’Association for the Study of Peak Oil & Gas – ASPO : http://www.peakoil.net/, 27 octobre 2010). En fait, il est généralement admis que le pétrole et le gaz naturel seront épuisés avant 2100. Compte tenu de l’espérance de vie actuelle, plusieurs enfants nés depuis 15 ans vivront jusqu’à cette époque. Les quelques centaines de centenaires actuels verront leur cohorte se compter en dizaines de milliers au Québec, dès 2050. Bref, 2100, c’est après-demain en terme de planification économique pour l’ensemble du Québec.

    3) La condition précédente signifie que l’exploitation du pétrole au Québec ne peut être que temporaire. L’économie mondiale aura à se diriger vers un après-pétrole de gré (comme en Suède, Le Devoir, 23 et 24 octobre 2010), ou de force. Et cette transformation aura des coûts; et ils seront énormes! Ils seront d’autant plus élevés si on étire l’élastique encore davantage en investissant des sommes faramineuses pour démarrer chez nous une industrie vouée à être remplacée au cours des prochaines décennies. Toutes ces usines construites, tous ces emplois créés devront éventuellement être reconvertis.

    4) Par ailleurs, d’autres coûts seraient aussi associés au démarrage (c’est bien de cela dont il s’agit) de l’exploitation pétrolière au Québec – avec 100 ans de retard sur le reste de la planète – et à celle des gaz de schistes. Ce sont les coûts sur les autres actifs du Québec, c’est-à-dire les autres ressources projetées, qui elles formeront vraiment une base cruciale dans la nouvelle économie du Québec : eaux, sols, forêts, pêches, etc. En géographie économique 101, il est dit que ce sont des ressources renouvelables. En fait, elles ne le sont que potentiellement. Le mot « potentiellement » sert de mise en garde ici car le potentiel peut être détruit. Une fois que les industries auront siphonné le pétrole, aspirer les gaz et fait le plein goulument, il est fort à parier que les coûts touchant ces autres actifs seront beaucoup plus élevés que les bénéfices engrangés par les citoyens et le gouvernement du Québec (ici, les bénéfices des compagnies n’entrent pas en ligne de compte).

    Ces coûts toucheront, premièrement, la réhabilitation des terres dégradées directement ou indirectement : par leur transformation en terrain à vocation industrielle, pour les infrastructures routières, gazières, pétrolières, etc.; par l’exploitation; par les accidents (il y en a toujours, plus ou moins sérieux selon les cas); par la digestion de toutes ces ressources dérivées, en particulier celles provenant de l’exploitation du pétrole, comme les engrais chimiques, les plastics divers, qui emplissent nos sites d’enfouissement (qui ont de vrais coûts, sur des vrais factures de citoyens, n’en déplaisent aux économistes). Deuxièmement, c’est tout l’écosystème du fleuve Saint-Laurent qui sera à risque, entre autres car les transports y seront plus nombreux sur le fleuve et près du fleuve (réseaux autoroutiers et ferroviaires). Dans cette même veine, troisièmement, le risque pour les pêches du Québec sera multiplié plusieurs fois. Quatrièmement, les ressources en eau, une vraie ressource actuelle pour tous les Québécois, autant celles du fleuve que celles des nappes phréatiques utilisées par la population, seront davantage à risque. Ici, il est à peu près certain que le développement d’une industrie pétrolière et gazière au Québec augmentera significativement les coûts de traitement de l’eau. Enfin, s’agissant toujours de pollution, cinquièmement, lancer le Québec sur cette voie signifie que les efforts pour réduire notre dépendance à l’endroit de l’automobile n’iront nulle part et que les coûts associés à la congestion automobile, à la pollution urbaine, et aux épisodes de smogs resteront très élevés.

    Un Québec du XXe ou du XXIe siècle?
    La question qui nous est posée ici dans ce débat est celle-ci : souhaitons-nous étirer l’élastique de l’économie pétrolière au maximum, tout en sachant qu’il nous pètera à la figure avec plus de vigueur au bout du compte, en lançant le Québec dans une industrie du XXe siècle vouée au déclin? Cela aurait aussi pour effet de placer le Québec en queue de course dans le développement d’une économie du XXIe siècle, moins polluante et moins énergivore. Le retard pris actuellement se mesurera alors en décennies. Lorsque le pétrole sera épuisé et qu’il faudra éventuellement reconvertir notre économie, les couts seront beaucoup plus élevés pour tous. Ce bref examen des conditions entourant le potentiel pétrolier et gazier du Québec incite à REFUSER CATÉGORIQUEMENT que le pétrole et les gaz de schistes qui se trouvent dans notre sous-sol ne deviennent des ressources, pour le plus grand bien du Québec du XXIe siècle.

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    COLLABORATION SPÉCIALE:
    Par Steve DÉRY
    Professeur agrégé, Département de géographie, Université Laval
    2405, rue de la Terrasse, Québec (QUÉBEC), Canada, G1V 0A6
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    Nigéria: C’est une guerre du pétrole!

    Posted by Yanik Déry On juin - 11 - 2009

    Pétrole au NigériaSuivant depuis longtemps les actualités du « peak oil », je vois régulièrement des dépêches concernant les problèmes reliés aux attaques du MEND (Mouvement pour l’Émancipation du Delta du Niger) sur les installations pétrolières du sud du Nigéria. Jusqu’à récemment, je ne voyais que les chiffres.

    C’est une image du film HOME de Yann arthus-Bertrand qui m’a incité à pousser plus loin mes recherches et à m’intéresser davantage à la question du Nigéria. Une image coup de poing, comme beaucoup d’autres dans le film, où on voit à l’avant-plan un bidonville du Delta du Niger, avec en arrière-plan des installations pétrolières. Une image qui explique à elle seule les revendications du MEND.

    Loin d’avoir rempli ses promesses de développement et d’enrichissement collectif, le pétrole a permis à une minorité de s’enrichir alors qu’il détruit la vie de plusieurs autres. Les royautés et compensations de toutes sortes ne se rendent pas à la base de la pyramide, là ou le peuple Nigérien en aurait bien besoin: infrastructures, éducation, services de santé… Le Nigéria est toujours considéré comme un des pays les plus corrompus de la planète.

    La polution est un également un probleme majeur dans cette partie du pays. Là où des communautés entières vivaient essentiellement de pêche et d’agriculture, des décennies d’exploitation sauvage et « d’accidents écologiques » ont boulversés la vie des habitants du milieu. Les stocks de poissons pratiquement disparus, les expropriations et les terres incultivables ont poussés des dizaines de millier de personnes vers les villes, y alimentant les problèmes déjà criants de surpopulation, de chômage, de criminalité et, paradoxalement, de pénuries d’essence.

    Les attaques continues du groupe de rebelles sur les pipelines et les installations ont considérablement réduit la capacité de production du Nigéria, si bien que le plus populeux pays d’Afrique est en voie d’être dépassé par l’Angola comme premier producteur de pétrole du continent. Dans ce gigantesque pays de plus de 150 Millions d’habitants où les inégalités sont à l’image du reste de l’Afrique, ce mouvement de rébellion n’est pas prêt de s’éteindre.

    D’ailleurs, même si on n’en fait peu écho dans les grands médias d’ici, en fait pas du tout, le MEND a annoncé avoir attaqué la station de pompage de Chevron à Otunana hier. De son côté, le gouvernement, la JFT (Joint Task Force) et Chevron nient qu’il y ait eu attaque et avancent plutôt un qu’un incendie est la cause de la fermeture de la station.

    Cette guerre du pétrole dont les champs de batailles sont constitués de canaux, rivières et marécages, est maintenant devenue une guerre d’opinion publique et de communications. L’enjeu est majeur. On se souviendra qu’au plus fort du choc pétrolier de 2008, le moindre incident dans le Delta du Niger, au Vénézuela ou en Irak contribuait à l’augmentation du prix du baril le propulsant vers son sommet de 147$. Dans un avenir rapproché, alors que l’écart entre offre et demande tend à se rapproché des niveaux de 2008, il faut s’attendre à ce que ce genre de nouvelle ait un impact marqué sur les prix du brut.

    Évidemment, ce ne sont toujours pas les habitants du delta qui pourront en profiter!


    ————
    Pour plus d’informations sur le MEND, le Nigéria et son pétrole, je vous invite à lire l’excellent reportage de Tome Neil du National Geographic:Curse of the Black Gold: Hope and betrayal on the Niger Delta.

    Également, voyez la galerie de photos du Photograph Ed Kashi (dont celle présentée dans ce billet).

    La Chine place ses pions!

    Posted by Yanik Déry On mai - 20 - 2009

    China

    Depuis déjà plusieurs années, la Chine montre un taux de croissance dépassant les 10% et un excédent commercial de centaines de milliards de dollars. En 2008 seulement, malgré la crise financière et la contraction du commerce mondial, elle montre un accroissement de son PIB de l’ordre de 9%. C’est évidemment loin des 13% montrés en 2007, mais avec un excédent commercial de près de 300 Milliards $US, elle a en main les outils nécessaires afin de relancer son économie, de la ré-orienter et de la préparer pour l’avenir. C’est précisément ce à quoi on assiste ces derniers mois.

    Le plan de relance de la Chine face à la crise, par le biais d’investissement colossaux dans les infrastructures publiques et par des programmes de soutien pour l’achat de véhicules et d’habitations, vise essentiellement à soutenir la demande intérieure, en réponse à la baisse des exportations. Grâce à ces mesures, la consommation des ménages est en croissance stable de 16% au premier trimestre 2009. Pour l’année 2009 on pévoit un croissance globale entre 6% et 7%.

    C’est surtout au niveau des investissements à l’étranger et de l’achat et le stockage de ressources que la Chine se démarque des autres puissances économiques dans sa réponse à la crise. Pendant que le reste de l’économie mondiale est paralysé par une crise du crédit sans précédent, où tant les États que les compagnies et les ménages sont endettés jusqu’à en être pris à la gorge, la Chine se prépare à faire face à une éventuelle reprise en achetant tout ce qu’elle peut sur les marchés des matières premières. Devenu le grand argentier de la planète grâce à ces immenses réserves de change, estimées à 2 000 milliards de $US, elle multiplie les ententes économique, les acquisitions d’entreprises et surtout, les contrats d’approvisionnement en ressources et en pétrole.

    Dans un entente signée mardi dernier entre Pétrobas et la China Development Bank, cette dernière prête 10 Milliards $US à la pétrolière en échange d’un contrat d’approvisionnement garanti de 200,000 bpj pendant 10 ans. Cette entente, de même que les 13 autres signées par la même occasion, entre autres dans les domaines de la science, de l’agriculture et des sports, fait de la Chine le plus important partenaire commercial du Brésil, devançant maintenant les États-Unis, avec un commerce bilatéral atteignant en avril plus de 3,2 Milliards de $US.

    Cette entente fait suite à celle signée en février avec la Russie où la Chine prêtait cette fois 25 Milliards de $US à deux pétrolières russes, Transneft et Rosneft, en échange d’un contrat d’approvisionnement de 300 Millions de tonnes de brut sur 20 ans. La construction de la portion chinoise du pipeline devant relier la Sibérie et la Chine a même débutée cette semaine. Même chose au Venezuela ou un prêt de 4 Milliards $US garantie un approvisionnement de 200,000 bpj. D’autres ententes semblables sont en cours de négociations avec le Kazakhstan et l’Angola.

    Les investissement étranger touchent également l’aluminium, le zinc et le minerai de fer. Que ce soit en Amérique Latine, en Afrique, en Asie-Centrale, au Moyent-Orient ou en Australie, la stratégie est la même: profiter des difficultés financières ou des besoins de financement des entreprises, souvent même des compagnies nationales, pour acquérir des participations toujours plus importantes afin de se garantir des contrats d’approvisionnement et de se protéger contre les hausse éventuelles du prix des matières et la dévaluation du dollar US.

    Pendant que les États-Unis investissent des milliards dans ses banques moribondes et tentent désespérément de sauver de la faillite ses constructeurs automobiles, il semblerait que la prochaine partie sur l’échiquier de l’économie mondiale soit déjà commencée. Et lorsque les États-Unis réussiront enfin à s’asseoir à la table, j’ai bien peur qu’il ne lui manque quelque pions pour faire face au joueur d’en face!

    Sources:
    Rebond de la croissance chinoise au premier trimestre
    China signs $10 bln loan-for-oil deal with Brazil
    New Strategies for China’s Energy Quest
    Cash is king : les Chinois en position de force
    La Chine joue la hausse du fer

    Image- Mercopress (Le Vice-Président Chinois Xi Jinping rencontre le Président brézilien Luiz Inacio Lula da Silva en Février dernier)

    Pétrole Irakien; 6 ans après la chute de Bagdad

    Posted by Yanik Déry On avril - 29 - 2009

    Six ans après la chute de Bagdad, qu’en est-il de la production Irakienne? Avec des réserves officielles de 112.5 Milliard de baril, supposément la 3iem réserve mondiale, les autorités promettaient une production à moyen terme allant jusqu’à 6 M bpj.

    Or, la production actuelle n’est que de 2.2 M bpj comparativement aux 2.5 M bpj d’avant la guerre! Selon Nawar Alsaadi, dans un article paru sur The Oil Drum, plusieurs facteurs explique l’impossibilité pour l’Irak d’augmenter sa production:

    • Corruption endémique
    • Réserves « politiques »
    • Mauvaise gestion
    • Rivalités politiques et impasse avec les multinationales du pétrole
    • Insécurité politique

    Article complet ici: Iraqi Oil: Black Gold or Black Hole?

    Baisse de production au Mexique

    Posted by Yanik Déry On avril - 22 - 2009

    La production du Mexique a baissé de 7.8% au premier trimestre 2009, par rapport à 2009.

    La cause principal est le rapide déclin du Champ de Cantarell.

    Pemex said Cantarell produced 787,000 bpd in the first three months of 2009, down 34 percent from the same period in 2008 when the field yielded 1.195 million bpd.

    The company has forecast oil production will be between 2.7 and 2.8 million bpd in 2009, but analysts are skeptical the company can step up output sufficiently at other fields to make up for the relentless decline of Cantarell.

    Cantarell, le champ le plus important du Mexique, a atteint son pic de production en 2004 alors qu’on en a extrait plus de 2 Million bpj.

    Article complet (en Anglais) sur Reuters: Mexico oil output falls 7.8 pct in Q1

    L’ARAMCO retarde des projets importants

    Posted by Yanik Déry On avril - 21 - 2009

    En l’espace de 2 semaines la compagnie nationale d’Arabie Saoudite, la Saudi Aramco, vient d’annoncer le report de deux nouveaux projets de développement totalisant 1.3M b/j, pour un investissement total de 17$ Milliards US.

    Les projets visés sont ceux de la raffinerie de Ras tanura et du plus grand champ pétrolifère offshore du Royaume, le Saudi Arabian Manifa.

    Sources:
    1-
    Saudi Aramco delays Manifa offshore project

    2-
    Aramco delays US$8 billion Ras Tanura expansion

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